Peser une ruche témoin : ce que la courbe de poids vous apprend
Une balance sous une ruche représentative du rucher montre les rentrées de nectar, le début et la fin des miellées, les essaimages et la consommation des réserves en hiver. Voici comment lire la courbe et installer le matériel.

Sommaire
En bref
- Une balance posée sous une ruche choisie pour représenter le rucher donne le poids de la colonie plusieurs fois par jour, sans ouvrir la ruche.
- La courbe montre les rentrées de nectar, le début et la fin des miellées, et aide à décider quand poser ou récolter les hausses.
- Au printemps, une perte brutale de plusieurs kilos dans la journée signale le plus souvent un essaimage.
- En hiver, la pente de la courbe indique la vitesse à laquelle la colonie consomme ses réserves, donc le moment où il faut nourrir.
- La ruche témoin ne remplace pas la visite : elle sert à décider quand et où aller.
Le principe de la ruche témoin
Une ruche témoin est une ruche posée sur une balance, dont le poids est relevé plusieurs fois par jour et transmis à distance. Elle sert de repère pour le rucher. Quand elle prend du poids, les colonies voisines de force comparable butinent la même ressource.
Les associations de développement apicole s’en servent pour suivre les miellées. En Bretagne, l’ADA Bretagne donne accès aux données d’un réseau de 27 balances électroniques réparties sur le territoire. En Île-de-France, la chambre d’agriculture présente un réseau d’une quarantaine de balances connectées, destiné aux apiculteurs amateurs et professionnels pour appuyer le conseil apicole.
Le choix de la ruche pesée compte autant que la balance. Prenez une colonie de force moyenne pour le rucher, ni la plus populeuse ni la plus faible, conduite comme les autres. Une colonie atypique donne une courbe qui ne dit rien des voisines. Retrouvez les autres usages des capteurs au rucher sur notre page apiculture.
Lire la courbe sur une journée
La chambre d’agriculture d’Île-de-France rappelle que la variation de poids est liée aux entrées et sorties des abeilles pendant la journée. Sur 24 heures, la courbe d’une ruche en saison suit donc un profil régulier.
- La nuit, toutes les butineuses sont rentrées. La colonie consomme du miel et évapore l’eau du nectar rapporté la veille, ce qui fait baisser le poids lentement.
- En début de matinée, le départ des butineuses provoque une baisse plus marquée. Réussir Apiculture rapporte des pertes d’environ 1,5 kg à ce moment de la journée.
- En cours de journée et en fin d’après-midi, le retour des butineuses chargées fait remonter la courbe si une ressource est disponible.
Le bilan utile se lit d’une fin de nuit à la suivante, quand toutes les abeilles sont dans la ruche. Positif, il traduit une rentrée de nectar. Négatif plusieurs jours de suite, il montre une colonie qui vit sur ses réserves.
Le creux du matin donne aussi une information. Réussir Apiculture signale qu’une absence de ces variations en fin de saison peut traduire une forte prédation du frelon asiatique : les butineuses ne sortent plus.
Ce que la courbe montre au fil de la saison
Début de miellée et pose des hausses
Le début d’une miellée se voit par des bilans journaliers positifs qui s’enchaînent. L’ADA Bretagne a mesuré au printemps 2019 des rentrées de 2 à 3 kg de nectar par jour en début de miellée, contre plus de 5 kg par jour en phase intense. La même plaquette donne le poids d’une hausse : 5 à 6 kg vide, 20 à 30 kg une fois remplie.
Ces repères aident à poser les hausses quand la pente s’accélère, puis à récolter quand la courbe plafonne. La pose d’une hausse crée une marche nette sur la courbe : notez-la dans le carnet de rucher.
Fin de miellée et trou de miellée
La fin d’une miellée se lit par une courbe qui plafonne, puis redescend jour après jour. En Bretagne, la période qui a suivi la miellée de printemps 2019 a été critique : fortes populations, manque de ressources et temps froid de début mai à mi-juin. Selon l’ADA Bretagne, certains apiculteurs ont dû nourrir pour éviter la mort des colonies par famine.
Essaimage
Un essaim part avec une partie des abeilles et du miel : la courbe chute d’un coup en pleine journée. Réussir Apiculture indique qu’au printemps, des pertes brutales de plusieurs kilogrammes peuvent être le signe d’un essaimage. Ces colonies produisent ensuite moins que les autres.
Hivernage, consommation et risque de famine
En hiver, la courbe descend de façon continue. Sa pente donne la vitesse de consommation des réserves. Le bulletin régional de la santé de l’abeille de la DRAAF Bretagne retient un objectif de 15 kg de miel pour une colonie hivernée sur 10 cadres. Un cadre plein des deux côtés stocke environ 4 kg, soit quatre cadres pleins de miel.
Notez le poids de la ruche témoin le jour de la mise en hivernage, après la visite où vous avez compté les cadres de réserves. Pendant l’hiver, la perte de poids correspond surtout au miel consommé. Quand la perte cumulée approche le stock de départ, il est temps de soupeser les autres ruches et de nourrir. Le nourrissement apparaît à son tour sur la courbe : la chambre d’agriculture d’Île-de-France cite le sirop parmi les apports que la balance enregistre.
Les limites d’une seule balance
Une ruche témoin reste une seule colonie. Réussir Apiculture souligne qu’elle n’est pas toujours le reflet du reste du rucher et que certaines courbes sont difficiles à exploiter. La comparaison entre plusieurs colonies reste le moyen le plus sûr de vérifier une interprétation.
La météo fausse aussi la lecture. Une averse, une forte rosée ou une couche de neige alourdissent la ruche pendant quelques heures. Lisez la tendance sur plusieurs jours et rapprochez les marches suspectes d’un relevé d’humidité pris au rucher.
Chaque intervention laisse aussi une trace, et sans carnet une récolte peut passer pour un essaimage. Enfin, la balance ne voit ni le couvain ni le varroa. Réussir Apiculture le rappelle : elle ne peut pas remplacer la visite régulière des colonies.

Installer la balance et les capteurs au rucher
Le plateau de pesée doit être de niveau, calé sur un support dur : dalle, parpaings ou traverses. Sur une terre meuble, un pied qui s’enfonce fausse la mesure pendant des semaines. Aucune herbe ne doit toucher la ruche ni le plateau, et le câble de la cellule se protège des rongeurs et de la débroussailleuse.
Le Dragino LCC01 est un convertisseur pour cellule de charge 4 fils. Sa fiche est claire : la cellule de charge n’est pas fournie, et le plateau ou le cadre qui la porte est à prévoir à part. La cellule se choisit selon la charge maximale, c’est-à-dire la ruche avec ses hausses pleines. Dragino annonce des pesées de 100 g à 10 t selon la cellule utilisée, avec un convertisseur 24 bits. L’étalonnage se fait sur un PC Windows : mise à zéro à vide, réglage du facteur d’échelle, puis pesée d’une masse connue.
Le LCC01 fonctionne sur pile Li-SOCl2 de 8 500 mAh, ou 19 000 mAh pour des pesées fréquentes, avec 3 à 5 ans d’usage annoncés par Dragino. Il n’existe pas en version NB-IoT ou LTE-M : il transmet en LoRaWAN, donc par une passerelle LoRaWAN ou par un réseau opéré qui couvre le rucher. La fiche ne donne pas d’indice de protection : placez le boîtier sous le plateau ou sous un petit abri, à l’écart de la pluie battante.
Un capteur d’ambiance aide à lire la courbe. Le Dragino S31B mesure la température de -40 à 80 °C à ±0,2 °C et l’humidité de l’air à ±2 %. Posé sous abri au rucher, il relie une marche de poids à une nuit humide ou à une journée froide. Il existe en LoRaWAN, en NB-IoT et en LTE-M. Pour les versions sur réseau mobile, la carte SIM objets connectés se prend auprès d’un opérateur.
Pour couvrir les ruchers proches de la ferme, la passerelle DLOS8N se fixe en point haut, sur un pignon de hangar ou un silo. Son boîtier est IP65, elle s’alimente en 12 à 24 V ou par le câble Ethernet en PoE. Une version 4G existe pour un point haut sans Internet filaire. Dragino ne publie pas de portée chiffrée : elle dépend de la hauteur de pose, du relief et des haies.
Le vol de ruches : ce que la balance et un traceur apportent
La présentation de l’ITSAP et de l’INRAE sur la ruche connectée classe la balise anti-vol parmi les usages zootechniques des capteurs. La balance donne un premier signal : une ruche soulevée fait chuter le poids d’un coup.
Le traceur TrackerD va plus loin. Il remonte une position GPS, et son accéléromètre déclenche des envois plus fréquents quand l’objet bouge. Caché dans la ruche ou sous le toit, il permet de suivre le déplacement tant que la ruche reste dans la zone couverte par une passerelle LoRaWAN ou un réseau opéré. Le TrackerD n’existe pas en NB-IoT ni en LTE-M.
Le GPS a besoin de voir le ciel : sous un toit en tôle, testez l’emplacement. Le TrackerD standard a une batterie de 1 000 mAh rechargeable par USB, sans autonomie chiffrée par Dragino ; prévoyez une recharge régulière, ou la version solaire TrackerD-LS là où son panneau reçoit la lumière.
Questions fréquentes
Combien de ruches témoins faut-il par rucher ?
Une seule suffit pour suivre une miellée. Une deuxième balance sur une colonie de force comparable permet de comparer les courbes et de repérer une colonie atypique, ce que recommande Réussir Apiculture pour fiabiliser les interprétations.
Le LCC01 est-il livré avec la cellule de charge et le plateau ?
Non. Le LCC01 est le convertisseur qui lit la cellule et transmet le poids. La cellule de charge 4 fils et le plateau qui la porte sont à prévoir à part, selon le poids maximal de la ruche avec ses hausses.
Faut-il du réseau mobile au rucher ?
Pas pour le LCC01 et le TrackerD, qui transmettent en LoRaWAN par une passerelle ou un réseau opéré. Le S31B existe aussi en NB-IoT et LTE-M, avec une carte SIM objets connectés prise auprès d’un opérateur.
Envoyez-nous le nombre de ruchers à suivre, leur emplacement et leur distance des bâtiments de l’exploitation, avec le modèle de ruche utilisé. Nous choisissons le matériel, vérifions la couverture radio jusqu’aux ruchers et vous répondons sous 24 h ouvrées.
Sources
- Suivi des miellées bretonnes 2019 grâce aux balances électroniques, ADA Bretagne et GIE Élevages de Bretagne
- Balances connectées sur ruches, Chambre d’agriculture de région Île-de-France
- La balance connectée, votre alliée pour le suivi de vos miellées, Réussir Apiculture (avec les ADA)
- Bulletin régional de la santé de l’abeille n° 7, octobre 2025, DRAAF Bretagne, ministère de l’Agriculture
- La ruche connectée : objet de surveillance environnementale, de zootechnie ou de découverte récréative, A. Decourtye et al., ITSAP et INRAE
























