Où placer une sonde antigel dans la vigne et comment régler son alerte
Par gelée blanche, l'air froid stagne au ras du sol et dans les bas de coteau. Emplacement, hauteur des bourgeons, nombre de points, seuil d'alerte et test avant le débourrement : les règles de pose d'une sonde antigel.

Sommaire
En bref
- Par nuit claire et sans vent, l’air le plus froid s’accumule près du sol et dans les points bas : la sonde se pose dans la zone la plus gélive de la parcelle.
- La sonde se fixe à la hauteur des bourgeons, à l’abri du rayonnement direct, car quelques dizaines de centimètres changent déjà la température lue.
- Le seuil d’alerte part de la température de sensibilité du stade de la vigne, avec une marge qui couvre le temps de mise en route de votre moyen de lutte.
- L’alerte part vers au moins deux personnes, et le circuit complet se teste avant le débourrement.
Gelée blanche ou gelée noire, deux situations différentes
Les gelées de printemps ne tuent pas la vigne, mais elles peuvent détruire la récolte de l’année. Le bulletin de santé du végétal de Gaillac d’avril 2024 distingue deux formes de gel.
La gelée blanche vient du refroidissement des organes végétaux et du sol par rayonnement, par ciel dégagé et sans vent. L’air se refroidit d’abord au ras du sol. Il fait alors plus froid au niveau des ceps qu’à quelques mètres de hauteur : c’est l’inversion de température.
La gelée noire correspond à l’arrivée d’une masse d’air froid et sec, en général associée à du vent, avec des températures de l’ordre de -7 à -9 °C selon le même bulletin. Dans ce cas, la température est à peu près la même au sol et en hauteur.
La sonde antigel sert surtout à suivre la gelée blanche, la plus fréquente, contre laquelle la lutte active peut agir. C’est aussi la situation où l’emplacement et la hauteur de la sonde changent le plus la valeur lue.
Repérer les zones gélives de la parcelle
L’air froid est plus dense que l’air chaud. Par nuit radiative, il descend les pentes et stagne dans les creux. En avril 2024, à Gaillac, les gelées blanches ont surtout touché les bas de coteaux, les parcelles en bord de cours d’eau et les plantiers, et la présence d’herbe sous le rang a aggravé les dégâts.
Les écarts peuvent être forts sur de courtes distances. Dans un article de Réussir Vigne d’avril 2024, une doctorante de l’université de Bourgogne relève jusqu’à 2 °C d’écart entre le niveau du tronc et une station à 2 m, et 5 à 6 °C dans un creux topographique.
L’orientation compte aussi. Une étude conduite en Champagne avec le Comité interprofessionnel du vin de Champagne montre que les coteaux exposés au vent régional et les versants au nord sont en général les plus froids par nuit claire.
Pour choisir l’emplacement, partez de votre connaissance des parcelles. Les rangs qui ont gelé les années précédentes, les cuvettes, les bas de pente fermés par une haie ou un mur sont les premiers candidats. Les couverts végétaux non détruits augmentent aussi le risque, selon un essai de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire et de l’ATV 49.
Poser la sonde à la hauteur des bourgeons
En gelée blanche, la température monte quand on s’éloigne du sol. Une sonde posée trop haut lit une valeur plus douce que celle subie par les bourgeons. Une station météo à 2 m ne dit donc pas ce qui se passe au niveau de la zone fructifère.
L’essai de l’ATV 49 en Anjou indique un écart de +0,3 à +0,4 °C entre 60 cm et 100 cm de hauteur. Dans l’étude champenoise, la mesure était faite à 50 cm du sol, présentée comme la hauteur moyenne des bourgeons de la vigne dans ce vignoble.
En pratique, mesurez la hauteur des bourgeons de votre mode de conduite, cordon, Guyot ou gobelet, et placez l’élément sensible à ce niveau. Fixez-le sur un piquet de palissage à l’intérieur de la zone suivie plutôt qu’en bout de rang. Placez la sonde à l’abri du rayonnement direct du soleil, qui fausse la mesure de l’air.
Le Dragino S31 convient à cet usage. Sa sonde SHT31 est déportée sur un câble de 3 m : le boîtier et la pile restent fixés plus haut sur le piquet, la sonde descend au niveau des bourgeons. Le Dragino S31B, à sonde intégrée sous le boîtier, se fixe directement à la bonne hauteur. Les deux donnent la température à ±0,2 °C entre 0 et 90 °C et l’humidité de l’air à ±2 % HR.
La mesure de l’humidité n’est pas un détail. Le bulletin de Gaillac indique que les jeunes pousses peuvent geler à partir de -2 à -3 °C en situation de forte humidité, alors qu’en air plus sec, sous 60 % d’humidité, elles peuvent résister jusqu’à -4 voire -5 °C.
Combien de points de mesure prévoir
Une seule sonde ne représente qu’un endroit. Vu les écarts mesurés entre haut et bas de coteau, prévoyez au minimum une sonde dans chaque zone gélive que vous protégez activement. Une parcelle sans moyen de lutte peut aussi recevoir une sonde, pour documenter le gel et décider de son équipement.
Un point de référence en haut de coteau ou en zone peu gélive aide à lire les courbes. Si le bas de parcelle décroche nettement du haut en fin de nuit, l’inversion de température est en place. Si les deux courbes descendent ensemble, la situation ressemble plutôt à une gelée noire.
Une station météo WSC2-Compact sur mât complète ce dispositif. Elle relève la température, l’humidité, la pression et la pluie, et se recharge par son panneau solaire de 0,9 W. Elle donne le contexte de la nuit, mais ne remplace pas la sonde posée à hauteur des bourgeons.
Choisir le seuil d’alerte et sa marge
Il n’existe pas de seuil unique valable pour toutes les vignes. La température de sensibilité dépend du stade et de l’humidité de l’air. La vigne devient sensible dès l’apparition des jeunes feuilles, riches en eau, à la sortie du débourrement. L’essai de l’ATV 49 retient par exemple -1 °C comme température à partir de laquelle les bourgeons au stade 3 à 4 feuilles étalées sont sensibles en conditions humides.
Le seuil d’alerte se règle au-dessus de cette température critique. La marge doit couvrir plusieurs délais :
- le temps entre deux mesures, 20 minutes par défaut sur les capteurs cités, réglable plus court en période de risque ;
- l’écart possible entre la hauteur de la sonde et celle des bourgeons les plus bas ;
- le temps pour se lever, rejoindre la parcelle et mettre en route le moyen de lutte, aspersion, tour, bougies ou chaufferettes ;
- la vitesse de descente de la température observée sur les nuits précédentes.
Vous pouvez régler deux niveaux. Une pré-alerte, réglée assez haut, prévient qu’il faut se préparer. Une alerte d’action, plus basse, déclenche la mise en route. Les valeurs se décident avec votre conseiller viticole ou le fournisseur de votre matériel de lutte, en fonction de votre moyen de protection et de son temps de démarrage.
Revoyez les seuils à chaque changement de stade, avec les repères donnés par le bulletin de santé du végétal de votre secteur. Le seuil et l’intervalle de mesure se modifient à distance, par Bluetooth, par commande AT ou par downlink.
Qui reçoit l’alerte, et tester avant la saison
L’alarme de seuil du capteur signale le franchissement de la limite. La plateforme de suivi transforme ce message en SMS ou en e-mail. Désignez au moins deux destinataires, avec un ordre d’appel, pour qu’une alerte de nuit ne repose pas sur un seul téléphone. Notez aussi qui a les clés et la consigne pour lancer la lutte.
La transmission se fait de deux façons. En LoRaWAN, les sondes passent par une passerelle installée à la ferme ou sur un point haut, comme la passerelle extérieure DLOS8N, sans abonnement opérateur obligatoire. Les versions NB-IoT et LTE-M des S31, S31B et WSC2-Compact passent par le réseau mobile, avec une carte SIM objets connectés à prendre auprès d’un opérateur. Les bas de coteau sont souvent les zones où la radio passe le moins bien : la couverture se vérifie avant la pose.

Faites un essai complet quelques semaines avant le débourrement :
- vérifiez que chaque sonde remonte ses mesures depuis son emplacement définitif ;
- réglez temporairement le seuil au-dessus de la température du moment pour provoquer une alerte ;
- contrôlez que chaque destinataire reçoit bien le SMS ou l’e-mail, de jour comme de nuit ;
- remettez le seuil de saison et notez la date du réglage ;
- contrôlez l’état de la pile ou de la charge solaire et la propreté de l’abri de la sonde.
Après un épisode, l’IFV, cité par le bulletin de Gaillac, indique que les dégâts ne s’évaluent précisément qu’à la reprise de croissance, environ trois semaines après le gel. Les courbes enregistrées aident alors à relier les dégâts observés à la température et à la durée du froid de chaque zone.
Pour les autres usages au vignoble et au chai, consultez la page capteurs pour la viticulture.
Questions fréquentes
Une station météo à 2 m suffit-elle pour l’alerte gel ?
Elle donne le contexte de la nuit, mais par gelée blanche il fait plus froid au niveau des bourgeons qu’à 2 m. Les mesures citées par Réussir Vigne montrent jusqu’à 2 °C d’écart entre le tronc et une station à 2 m. L’alerte se règle sur une sonde posée à hauteur des bourgeons.
Faut-il une sonde par parcelle ?
Il faut au moins une sonde par zone gélive que vous protégez, car deux points d’une même parcelle peuvent avoir plusieurs degrés d’écart. Une sonde de référence en zone moins gélive aide à lire les courbes.
Quel seuil d’alerte régler au débourrement ?
Il dépend du stade, de l’humidité de l’air et du temps de mise en route de votre moyen de lutte. Partez de la température de sensibilité du stade, ajoutez une marge, et validez les valeurs avec votre conseiller viticole.
Envoyez-nous le nombre de parcelles à suivre, leur position sur le coteau, votre moyen de lutte et la distance entre les parcelles et vos bâtiments. Nous choisissons les sondes, vérifions la couverture radio jusqu’aux bas de coteau et vous répondons sous 24 h ouvrées.
Sources
- Bulletin de santé du végétal Viticulture, Gaillac n° 4 du 23 avril 2024, DRAAF Occitanie, chambre d’agriculture du Tarn et IFV
- Étude de l’effet des couverts végétaux sur le risque de gel dans le vignoble de l’Anjou, IVES Technical Reviews, chambre d’agriculture des Pays de la Loire et ATV 49 (via Vitisphere)
- Variabilité spatiale du gel printanier dans le vignoble champenois, I. Sarmir et F. Langellier, université Paris VII et Comité interprofessionnel du vin de Champagne
- Lutte contre le gel : des vignes plus hautes, pour des bourgeons un peu plus au chaud, Réussir Vigne
























